Une époque contradictoire

Premier jour du mois de septembre, il fait frais ce matin je m’en rends vite compte en allant chez le médecin pour faire un certificat médical. Au moment où il m’accueille à son cabinet, il me demanda t si je n’avais pas froid en T-shirt. Lui ayant répondu que non ça va on est encore en été, il m’annonce que tout va bien, tension OK, le poids qui remonte enfin la pente (62kg environ) c’est OK pour moi pour l’inscription au club de tennis de table de Champigny demain soir 🙂

Je reviens chez moi et repars faire mes provisions journalières au supermarché. Une connaissance qui tient une boutique de vêtements pour femmes et enfants juste en bas de chez moi m’interpelle tandis que je filais droit devant comme à mon habitude. Je l’ai entendue m’appeler cette fois-ci, et elle a eu du pot que je l’entende puisque je ne mets jamais un pied dehors sans avoir mis Deezer ou une application de radio sur mon téléphone. On discute un peu, de choses et d’autres sans importance, du quotidien et d’autres banalités, des projets à venir, des parents. On ne se rencontre pas souvent, et le fait est qu’à chacune de nos entrevues on aura toujours un truc à se raconter quand même car ma situation aura tellement changée du tout au tout entre temps qu’un coup elle apprendra que je prépare un diplôme de coach sportif et le coup d’après que je suis accompagnant scolaire, alors forcément elle se mélange les pinceaux, moi aussi parfois. Elle ne sait pas ou plus trop où j’en suis, c’est d’ailleurs sûrement pour ça qu’elle est contente de discuter avec moi. De mon côté j’évite au maximum ce genre de situation où je suis un peu forcé d’avouer que trouver sa voie demande du temps, qu’essayer des choses qui vont sûrement foirer et moi ça peut arriver et enfin que de penser que si tu n’essaies pas tu ne sauras pas est une philosophie de vie.

Je lui évoquait mon parcours tortueux cette année, sur les difficultés professionnelles uniquement, pas sur le reste. Forcément je pars sur une note positive où j’ai enjolivé mon rôle actuel d’accompagnant scolaire dans une école primaire : enfin une activité stable, un cadre de travail idéal, des professeurs sympa, un gosse pas trop difficile à gérer 4 jours par semaine. Mais quand tu as 26 ans et que la personne en face te répéte à chaque fois que t’as fait un super parcours à l’université et que c’est très bien, tu lui rappelles ta situation économique sous un angle moins idyllique. Clairement, un célibataire au SMIC en région parisienne il est inexistant sur l’échelle sociale (et sur d’autres échelles aussi) il peut au mieux prétendre une collocation en serrant bien sa ceinture ou bien il peut rester chez ses parents en attendant mieux. Je gagne 65% du SMIC, je ne me pose même pas la question. Ce qui m’a interpellé c’est au moment où elle me rappelle que sa fille de 32 ans pieute encore tranquillou chez elle, elle me dit avec le sourire qu’elle voudrait bien qu’elle se décide à partir. J’en suis moins convaincu sous cet angle. Je sais aussi que sa fille a le permis de conduire et sa propre voiture depuis 2 ou 3 ans déjà, ce qui fait au moins une preuve tangible que le permis et la bagnole en région parisienne c’est pas vraiment nécessaire. J’ai compris aussi pourquoi elle me disait juste avant que ça va t’as 26 ans tu es encore jeune (je l’entends trop régulièrement celle-ci c’est devenu pénible). Sur l’instant j’ai fait de grands yeux, je me voyais à 32 ans sans situation décente, encore en galère, sans projet.

No way. Inconcevable. Pas jusqu’à 32 ans.

Mais je suis arrivé à une mini-conclusion sur le cas qui me va bien du jeune-de-banlieue-célibataire-diplômé-en-galère : 

  1. Tu as moins de 30 ans ? >> Tu es encore un jeune pour les vieux.
  2. Tu es un jeune issue d’une banlieue communiste rarement positivement médiatisée ?>> Dommage, ça fait un peu tache sur le CV mais bon courage tu vas y arriver.
  3. Tu as des diplômes mais pas d’expérience ni de réseau ? >> Dommage, vraiment.
  4. T’as pas passé ton permis plus tôt puisque tu sais et qu’on t’as dit 1 million de fois que t’as un réseau de transport en commun exceptionnel ?>> Tu comprends maintenant qu’on s’est bien un peu payé ta gueule ces fois-là. Maintenant tu galères comme il faut pour trouver un boulot décent au delà de ton périmètre originel de 10 kilomètres autour de chez toi, tu pouvais pas savoir mais fallait pas écouter n’importe qui.
  5. Célibataire + CDD payé au SMIC + Région Parisienne ? = tu vas galérer grave.

J’en suis arrivé à dire finalement et sans me mentir que j’ai toutes les bonnes raisons de ne pas chercher à construire quelque chose de solide à long-terme ici même en banlieue, puisque parvenir à décrocher un CDI qui paie mieux que 1180€ c’est déjà un sacré défi quand tu sais le nombre de candidats qui ont les mêmes attentes que toi, et qui sont dans la même situation galère que toi.

Pour se loger en banlieue c’est plus comme dans les années 80 où tu pouvais encore te payer une chambre de bonne parisienne (9m2) juste en dessous le toit de l’immeuble pour pas grand chose (ça m’aurait fait kiffer), car désormais la norme est que le loyer pour une ou deux pièces c’est au minimum la moitié voire les trois quarts d’un SMIC, donc si t’es seul et que tu peux éventuellement te le payer ton 20 m2, tu vas douiller ta race pour manger du riz et des patates.

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Rafael Garcia-Suarez — Une chambre de bonne typique de Paris

Bien entendu, faut pas songer disposer d’une bagnole, d’une couverture santé, de loisirs… (de vie quoi) sinon t’es dans le rouge limite cramoisi toute l’année mon ami, et désolé il n’est plus possible de faire plus de trous dans la ceinture. Des solutions existent, c’est une formidable vie à crédit, mais la Terre déjà n’aime pas trop ça, c’est un signe que ça pue pour l’Homme. Bon au pire y a les joies sables mouvants du revolving* (une excellente illustration dans Radin avec Dany Boon).

C’est pourquoi je pense que ceci explique mon point de vue actuel qui est de croire qu’aujourd’hui n’est pas comme hier, je vis dans une époque faite de contradictions où même si tout est possible,  on ne vous donne pas vraiment de seconde chance, où il faut impérativement faire des études mais pas n’importe lesquelles, ni trop longues ni trop courtes, où il faut trouver un boulot décent mais pas n’importe lequel en sachant que personne ne vous en donnera un si vous attendez que ça vienne, et enfin se loger dans des conditions correcte mais pas à n’importe quel prix.

L’enchevêtrement de toutes ces conditions m’a amené à rencontrer beaucoup d’obstacles jusqu’à présent, qui m’ont fait penser à tord que si ça ne fonctionnait pas, c’est que j’étais dans l’erreur et que je devais chercher ailleurs. L’erreur était sûrement de penser cela. En fait, il m’aurait suffit de réessayer encore et encore pour y arriver et arracher la première place convoitée, une place méritéeap après tant d’efforts concédés.

* j’espère que vous ne m’avez pas pris au sérieux.

 

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2 commentaires sur « Une époque contradictoire »

  1. « une chambre de bonne parisienne (9m2) juste en dessous le toit de l’immeuble pour pas grand chose (ça m’aurait fait kiffer) », ayant eu l’occasion de visiter ce genre d’hébergement durant mon séjour à Paris je ne suis pas certain que tu « kifferais » longtemps, l’hiver on ne peut pas dire que c’est les grandes chaleurs et l’été caniculaire de ces dernières années, cela n’a pas dû être triste. En plus ces chambres n’ont pas tout le confort que tu peux avoir à Champigny, commodités sur le palier, douche commune…
    Plus de huit cadres franciliens sur dix (84%) envisagent de quitter la région parisienne pour s’installer ailleurs en France, dont 70% dans les trois prochaines années, selon une enquête publiée mardi par Cadremploi.
    Pour se loger ce n’est pas toujours facile dans les grandes villes de France.
    Bonne rentrée.

    Aimé par 1 personne

    1. Difficile en effet de parler de confort dans 9m2 à tout casser, sans parler des commodités exclues de la cage à la lapin. Je reconnais avoir écrit cela en tenant compte uniquement de l’aspect « un petit chez soi rien qu’à soi » en négligeant tout l’inconfort que cela implique.
      D’autant plus que toutes ces pièces ou presque ont été achetées pour être louées à prix d’or à des étudiants ou des gens un peu comme moi qui y trouvent un certain charme pur produit de l’imagination.
      Les stats de Cadremploi restent des chiffres, le cadre en question il dit vouloir partir, mais c’est de l’avis seul du type qui y répond. S’il a une femme, des gosses, une baraque et un crédit il peut vouloir se barer à pétaouchnok c’est plus compliqué. Mais se loger de toutes les façons c’est compliqué un peu partout…
      A pluche.

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