On explore: jour 2

Se révéiller un vendredi matin avec le chant des oiseaux et le bêlement des biquettes pourtant à l’autre bout du hameau. C’est pittoresque ! comme dirait Bohort dans Kaamelott. C’est pourtant le mode de vie balayé d’un revers de la main en à peine un demi-siècle alors qu’il a été la norme pendant des siècles en France. Le progrès, la rapidité, la productivité. Je vis avec mon temps, on peut constater et accepter la nouveauté sans pour autant je pense imposer aux gens de nouvelles normes et législations absurdes juste pour faire disparaître par la force ce qui était de coutume, qui convenait à certaines personnes.

Je discutais avec un de mes voisins, Bernard, 83 ans. On m’a rapporté qu’il a fait sa vie à Paris comme gendarme puis il est venu ici une fois à la retraite. Ancien cycliste chevronné, 5000 bornes à l’année me disait-il hier, nous discutions agriculture, technologie et vélo. Je revenais de Lathus à vélo qui est le village le plus proche pour y acheter le campagnou qui est un pain au levain. On pourrait croire que l’on ne trouve plus de vrai bon pain campagnard en 2018 pour tout un tas de raisons économiques et agricoles discutables, ce n’est pas le cas dans la boulangerie qui est accolée à la supérètte Spar. Aujourd’hui donc, 5 km aller et 5 km retour à vélo, j’ai le droit à du plat et de la montée, mais rien de méchant. Mes quadriceps de grenouille manquent de puissance, je peine en montée, petit braquet oblige car l’influx nerveux n’est pas là, je constate seulement un retour de l’endurance, bon point. Les entraînements muscu vont s’orienter inéluctablement vers de l’explosivité, inutile de chercher à les alourdir.

Pour en revenir à Bernard, vous vous doutez qu’on ne peut pas discuter cryptomonnaie. Il n’a pas internet, il sait pourtant ce que c’est, juste que ça ne l’intéresse pas, il n’en a ni envie ni besoin. Pour autant aucune animosité envers l’outil en tant que tel. Tolérant – il est par contre ouvert au progrès et à ses aspects positifs – mais lucide, il regrette que les jeunes de ma génération passent leur temps sur les smartphone.

Perte de temps à pas bosser me disait-il, je suis assez d’accord, mais voudrait-on revenir aux semaines de 60-70 heures à trimer du matin au soir, pour finir tout pété recroquevillé avec de l’arthrose à 50 ans ? Non, personne ne souhaiterait cela je pense. Je lui ai dit qu’il n’avait pas tort, mais lui rappelais aussi que la veille je lui avait montré la photo que j’avais prise le matin même à Paris – celle que j’ai publié dans mon article d’hier. Sans smartphone, sans tout cela, on se contenterait encore d’un mode de vie façon Ancien Monde où l’on apprend ce qui se passe à Paris avec un décalage temporel. Mais, il m’a fait passer un message important, une sagesse que je n’entendrais pas  dans d’autres circonstances, il me disait que de toute façon c’est pas comparable. On cherche sans arrêt comme je viens de le faire de comparer l’incomparable, le présent et le passé qui est encore très proche du présent. Il y a dix ans on parlait à peine d’ADSL 2+ et 3G, aujourd’hui on vit avec la Réalité Virtuelle et le Bitcoin.

En ce qui me concerne je suis preneur de ces deux mondes que tout oppose, j’apprécie de passer du bon temps là où la modernité technologique n’est pas encore à l’ordre du jour, je peux m’en passer du moins pendant quelques temps, tout comme j’accueille avec enthousiasme le streaming et la 4G que j’aimerais pouvoir voir arriver d’ici les dix prochaines années.

Quand je dis cela, je pense évidemment à Nicolas notre boucher qui caractérise parfaitement ce qu’on appelle encore les campagnes un peu isolées de tout. Nicolas il passe chaque semaine avec son camion, le même genre de camion que je vois chez moi mais qui vend des pizza. Une fois par semaine, vers 15h30 il passe à La Celle pour approvisionner les gens d’ici en viande mais aussi en produits de première nécessité (fromage, miel local, confiture, dessert).

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Il est sympa en plus Nicolas, donc je lui fait un peu de pub

Du bon, du local, c’est tout ce qu’il me faut : du jambon, deux belles tranches de rôti de porc et du Saint-Nectaire. Le goût est incomparable avec de ce que vous prendriez (ou non) en grande surface, même dans leur version bio je vous assure.

Et j’en connais un, vous suivrez son regard, qui en redemande aussi…

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Lui aussi c’est un gourmand
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4 commentaires sur “On explore: jour 2

  1. Pas un euro de subvention pour ses vendeurs ambulants, à l’époque où le moindre médiateur de quartier s’adosse à des « associations » hyper protégés et financées sur le long terme (dans les grandes agglomérations), il me semble qu’il y aurait moyen de faire quelque chose pour empêcher de laisser mourir nos campagnes. Mais je ne passe pas mes vacances à Brégançon sinon je lui en aurait soufflé deux mots.
    A pluche.

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    1. Je suis pas un pote à Manu non plus, mais je ne pense pas que lui ou un autre puisse résoudre ce problème territorial multi-séculaire. Tu vois Christophe, je te dirais que demain j’ouvre un commerce même franchisé c’est pas important, pour répondre aux besoins de première nécessité des locaux. Ok, pas de soucis, mais d’une à quel prix car il y a 30 habitants au km, 80% de retraités. Mon commerce ne tiendrait pas à l’année. Donc c’est pour cela que les commerçants ambulants ça fait l’appoint c’est cool mais cher et ça fait aussi de l’animation. Sur le long terme j’y crois pas, imagine le commerçant en question il décide de plus venir, finit plus de bidoche dans l’assiette. Je suis partisan du lâcher prise, si ça venait arriver ce serait moi le retraité concerné et dépendant qui me rapprocherait d’une localité mieux fournie en commerces.
      À pluche

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  2. Ce n’était ni mieux avant, ni mieux maintenant. Tout progrès s’accompagne de revers…Mais il faut quand même constaté que l’on n’est pas doué pour l’administration numérique par rapport à d’autres pays comparables, que la logistique est assez catastrophique et que comme le dit Anatolem, il va falloir donner envie de rester dans les campagnes en étant … « Agile » pour reprendre un terme à la Macron. C’est à dire qu’il va falloir que le commerce aille à toi plutôt que l’inverse, que l’intercommunalité joue son rôle pour promotionner cela comme on le fait parfois pour les maisons de santé.

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    1. Je ne connais pas d’autres pays européen où le nombre de communes est avéré comme étant démentiel depuis le Moyen-Âge. La France et ses 36 000 communes c’est certain que l’on risque pas de virer du haut du podium, mais en matière d’efficacité ou d’agilité pour ne pas dire « vous allez devoir vous débrouiller », on est dans l’impasse. Ce qui est marrant c’est qu’on cherche toujours la solution ailleurs « en croyant que ». Sur le principe, dans les camapgnes isolées du moins, tout le monde voudrait que la venue de tel ou telle commerçant, une volonté légitime, mais ces mêmes personnes là ne feront pas tourner la boutique 365 jours par an. Ou bien le commerçant en question, s’il est « agile » justement, aura soit une seconde activité (agricole, hebergement) soit d’autres commerces dans les communes limitrophes, là oui c’est beaucoup, beaucoup plus envisageable à mon sens. En revanche, on oublie l’aspect écolo et on compte même pas ses heures.

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