Faire avec

Quand j’ai pris mon billet de car direction Reims, direction les vacances à la campagne avec les oiseaux le matin qui répondent présent au lever du soleil je me disais en bon français un peu pessimiste que tout n’allait pas se dérouler comme prévu.

Ce « comme prévu » pour moi c’est un scénario Bisounours et assimilés, du soleil, un vent frais, du calme, un râteau dans la main gauche pour désherber les patates, le transat et le Pulco citronnade dans la main droite pour se désaltérer après l’effort.

Mais ce « comme prévu » évolue toujours à mon grand regret, parce que là je prenais pas en compte le facteur humain, le facteur relationnel, le fait que quand tu vas fêter tes 26 ans dans 9 jours mais que tu viens chez ton Papy et ta Mamy qui t’ont vu grandir depuis ta naissance et gardé pendant chaque vacances scolaires, c’est difficile de faire l’impasse sur des choix et des compromis.

Comprenez par là qu’il est désormais difficile qu’on s’adresse à moi aujourd’hui comme un gamin de 15 ans, celui que j’étais il y a 10 ans. Enfin après je fais pas non plus l’étonné, ça fait des années que ça dure, parce que ne pas faire comme tout le monde, pour la génération baby-boomer c’est mal vu forcément. Ne pas manger de poisson le vendredi c’est suspect. Travailler le dimanche c’est inadmissible. Les magasins ouverts les jours fériés c’est scandaleux. La tarte aux pommes le dimanche midi c’est sacré. Rajoutez un canapé rouge, un Michel Drucker et Vivement dimanche prochain.

Avant que j’apprenne à maîtriser l’art du lâcher-prise, l’indifférence de situation, le jemenbalek global, les discussions partaient en cacahuètes au quart de tour, tel le moteur de mon ZIP 50 avec son vario débridé que je vais céder le mois prochain contre un New Typhoon 50.

A présent le silence constitue une arme de communication non verbale la plus redoutable de mon arsenal. Cette arme fait malheureusement parler d’elle puisqu’elle est plutôt agaçante pour l’interlocuteur qui vous interroge, bien que souvent les questions se ressemblent et se rassemblent autour d’un même thème : « qu’est-ce qu’on mange ? ».

Je veux bien comprendre qu’à la campagne c’est pas comme en ville, patati patata… Argument plausible en 1960, beaucoup moins pertinent en 2018 alors que le Intermarché et le Netto ici sont ouverts même le dimanche et jours fériés et qu’on est pas en temps de guerre à ce que je sache.

Comprenez aussi que donc qu’à 26 ans il est difficile de se voir imposé un mode de vie d’une autre époque, d’une autre mentalité, d’une autre façon de vivre, d’être et de penser. Lorsque l’on s’y oppose ça pose problème. Je vois les choses autrement, comme chaque individu, mais il semble qu’avoir une liberté, celle d’opinion, semble une lutte acquise par mes aînés aussi dans le lot, mais passé à la trappe quand ça arrange.

Etre soi, être authentique, c’est mon mode de vie, c’est un mode de vie que j’ai choisi parce qu’il colle le mieux à ma personnalité et contribue à mon équilibre mais qui m’en coute pour le coup, je le sais. Ça ternit un peu le tableau des vacances à la campagne paisibles que tout citadin blasé (sur)vivant au coeur de travaux bruyants diurnes et nocturnes rêve chaque dimanche soir avant de reprendre le chemin du boulot chaque lundi matin depuis des années.

Arrivera un jour où j’obtiendrais cette liberté de vivre pleinement un bien-être équilibré, ici à la campagne, loin du merdier urbain ambiant, loin des jugements et prises de tête inutiles.

En attendant, en plus de faire abstraction, on fait avec, faire avecune réalité de terrain dont on ne peut changer les règles du jeu.

 

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6 commentaires sur « Faire avec »

      1. La réponse est simple, c’est même une évidence, ils sont vieux. Elle a 80 ans passés, demain elle ne sera peut-être plus là, alors il n’y a pas le choix, il faut faire preuve de patience car quand tu es vieux tu ne changes plus. Tu te retrouverais bien bête si les derniers mots échangés, c’était toi en train de gueuler parce que tu en as marre qu’on te prenne pour un enfant.

        De plus c’est souvent une apparence, quand il s’agit de certaines choses sérieuses, de choses qu’ils ne comprennent plus, qui les dépassent, ils se rappellent parfaitement que tu es un adulte.

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        1. Je vois. Merci pour ces sages paroles Cyrille, j’en tiendrais compte davantage. Mais tu sais, c’est exactement ce que je me suis dit hier déjà, que l’âge est un facteur dont il faut tenir compte, mais leur caractère a toujours plus ou moins été celui-ci et c’est probablement ça qui me chiffonne.
          J’aime pas la jouer hypocrite style « oui, oui » alors que c’est « non, non », enfin j’ai joué à ce jeu là par le passé, et ce n’est pas mon genre, je me retrouve pas dans cette attutde. Le mieux qui me reste à faire étant de faire mine de pas comprendre, pour avoir la paix, genre la situation lisse sans sursaut, mais l’idéal aurait été d’avoir des échanges cordiaux « adultes ». Difficile là encore quand l’adulte en face t’as connu depuis la maternité et qu’aujourd’hui il te voit sur les 30 piges.

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  1. Penses quand même que tu as encore des grands parents, des parents et que certains en sont privés depuis déjà quelques années, et puis tu ne pas changer les problèmes générationnels faut faire avec.
    Alors tu auras 26 ans le 23, c’est le même jour que mon pote gigi ?
    A pluche.

    Aimé par 1 personne

    1. Bah oui d’où le titre de mon article 😛 Je lâche prise sur le fait que les gens on les change pas, j’ai mis du temps aussi à l’intégrer dans ma caboche mais je parviens à l’appliquer à présent.

      J’ai la chance d’avoir une famille au complet, grands-parents des deux côtés, mes parents, je suis juste fils unique mais heureusement de nature solitaire.
      Seulement, passons outre les liens familiaux qui unissent, et passé un certain âge on peut plus se sentir infantilisé, pris par la main en permanence pour un oui ou pour un non. Faire passer le message est compliqué.
      26 ans le 23 juillet oui monsieur, mais je roule pas en 404 encore 😀

      A pluche 🙂

      Aimé par 1 personne

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